Parcours de jeune 2

Camille aux Jardins d'Arthey


 
" Je trouve fascinant d’observer, de découvrir et de comprendre la nature. Quand je vois comment on l'utilise dans les villes je me dis qu'on la dévalorise" 


Camille est née à Bruxelles en 1996. Portée par sa passion elle est passée de la métropole aux bourgs à rebours de l’urbanisation et à contre courant de l’exode rural qui touche la région wallone. En effet, son parcours loin d’être sinueux est très clairement orienté: elle a étudié l’horticulture à Gembloux dès les secondaires pendant deux ans, a ensuite suivi une année de gestion pour enfin se mettre à travailler dans une entreprise de création et d’entretien de jardins qui l’a menée au bord du burn-out. Elle a donc démissionné avant de s’engager dans un Service Citoyen en octobre dans la promotion du nom folklorique des « Tussaud carottes ». 

Sur le lieu de mission de Camille nous retrouvons Sébastien, son tuteur. Il est grand, avenant, avec des reflets roux dans la barbe et un éclat bienveillant au fond des yeux. Maraîcher et bio-ingénieur de formation, il partage avec la jeune fille un profond respect pour la nature et encadre sa mission aux Jardins d’Arthey. La coopérative est située dans un cadre bucolique d’une centaine d’hectares de prairies et de bois près de Rhisnes et les projets qui y sont développés relèvent de trois domaines d’activité qui fonctionnent en symbiose et s’alimentent mutuellement: l’accueil champêtre, l’agro-écologie et la cohésion sociale. Connaissant les sensibilités de la jeune maraîchère, il n’est pas étonnant qu’elle y ait immédiatement trouvé sa place.

La veille de noël ils se sont retrouvés dans la yourte de Sébastien pour un « bilan mi-parcours », étape rituelle du Service Citoyen qui ouvre une discussion entre le jeune et son tuteur en présence d’un médiateur pour faire le point sur le déroulement des premiers mois de mission. Il faisait bon, la théière attendait sur la cuisinière tandis que le petit poêle exhalait d’agréables effluves de bois brûlé crachant sa fumée cotonneuse par le toit. L’atmosphère augurait le réveillon et Sébastien offrit à Camille un opinel gravé à la main avant d’entamer l’entretien.

À entendre ce dernier la saison creuse n’empêche pas la jeune fille de se rendre utile : elle fait de la récolte, du repiquage, aide à l’inventaire des semences et travaille aussi sur des chantiers parallèles tels que la construction d’abri ou l’amélioration du système d’irrigation. 

Camille de son côté parle de sa mission un peu comme si elle avait redécouvert ce qu’elle voulait faire depuis toute petite. Sa vocation pour la culture et la terre lui viennent de ses grands-parents qui cultivent leurs propres légumes. L’apprentissage scolaire de l’horticulture à Gembloux lui a ensuite permis d’élargir ses connaissances, étudiant des centaines de variétés de plantes et découvrant une approche plus « conventionnelle » de la discipline. Cependant la jeune fille précise: « pour apprendre j’ai besoin de bouger ». Or si cette condition d’apprentissage est parfois mésestimée dans les programmes pédagogiques conventionnels, elle est à la racine de l’activité de maraîchage des jardins d’Arthey qui fonctionnent de manière éminemment empirique. Cette affirmation reflète sans aucun doute le tempérament dynamique de Camille au même titre que le cal de ses mains fines mais robustes.

Niveau ambiance et philosophie de travail? Rien à voir avec ce qu'elle a connu sur son précédent lieu de travail où produits phytosanitaires et outils motorisés étaient encouragés ! Ce que propose la mission : un vrai retour à la terre. Ici, on parle de pratiques culturales simplifiées et peu mécanisées ce qui est bien plus en accord avec la vision de la jeune fille.

Lorsque cette dernière évoque l’utilisation des outils manuels ou la diversité des légumes, l’enthousiasme plisse l’encoignure de ses paupières et fait s’agiter ses mains, les mots trébuchent presque sur sa langue. Avec Sébastien ils énumèrent les turbans turques, les longues de Nice, les butternuts, toutes les variétés de choux, et Camille rayonne au simple fait d’évoquer les salades. On sent chez cette jeune fille attachante une profonde honnêteté et une joie sincère d’être là où elle est, à faire ce qu’elle fait. Le Service Citoyen, dans son cas, a manifestement été l’occasion d’opérer une rupture avec le découragement et l’épuisement provoqués par le milieu professionnel tout en se réconciliant avec sa vocation.